Les riches prennent et polluent davantage, tandis que les pauvres gagnent et brûlent moins, selon le Rapport sur les inégalités mondiales

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Les riches "prennent" et polluent davantage, tandis que les pauvres "gagnent" et brûlent moins, selon le Rapport sur les inégalités mondiales
 
[Ce qui suit est une traduction de l'article originale en anglais. Veuillez référer à la version originale pour références précises.]
 
9 décembre 2021
 
Par DT Cochrane

 

Le Canada est un pays où les niveaux d'inégalité sont élevés.

C'est l'évaluation franche du Laboratoire sur les inégalités mondiales, surtout associé à l'économiste Thomas Piketty. Cette évaluation se trouve dans le Rapport sur les inégalités mondiales 2022 du laboratoire, qui examine la répartition mondiale des revenus et des richesses.

Ces niveaux élevés d'inégalité ont des conséquences sur la crise climatique. Selon le rapport, depuis 1990, le Canada a enregistré une modeste diminution de 3,1 tonnes de carbone par personne. Cependant, alors que les 90 % les plus pauvres ont réduit leurs émissions de 4 tonnes par personne, les 10 % les plus riches ont augmenté leurs émissions de 4 tonnes par personne !
 

EST-CE QUE TOUT LE MONDE « GAGNE » SON REVENU ?
 

Selon les auteurs du rapport, les 10 % les plus riches de la population mondiale s'approprient actuellement 52 % du revenu mondial, alors que la moitié la plus pauvre de la population n'en gagne que 8,5 %. 

Ces différences de revenus ne sont pas dues au fait que les 10 % les plus riches travaillent plus ou travaillent plus dur que le reste d'entre nous. En fait, c'est plutôt le contraire.

Le revenu, tel que mesuré par les chercheurs, provient à la fois du travail et de l'investissement. Malheureusement, le rapport ne nous indique pas la proportion du revenu que les 10 % les plus riches ou le reste d'entre nous tirent de l'investissement par opposition au travail. Toutefois, la répartition de la richesse nous donne un indice.

 

L'image ci-dessus montre la part de chaque groupe dans la population, la part des revenus et la part de la richesse. Les 10 % les plus riches sont séparés en deux groupes : les 1 % les plus riches et les 9 % suivants.

Comme nous pouvons le constater, si le 1% mondial perçoit environ un cinquième de tous les revenus, il possède près de deux cinquièmes de toutes les richesses. Nous pouvons estimer de manière prudente qu'il s'approprie également deux cinquièmes des revenus d'investissement. [1] Cela signifie qu'une plus grande partie des revenus de la 50% moins riche provient du travail.


 
LES RICHES DU MONDE ENTIER S'ENRICHISSENT-ILS ?
 

La réponse à cette question dépend de ce que l'on considère comme 'les riches' et si l'on parle de revenu ou de richesse : ce sont les ultra riches - les 0,01% - qui s'enrichissent le plus.    

La part de revenu des 10% les plus riches a légèrement diminué après avoir atteint un sommet historique de plus de 60% en 2000.

Parallèlement, la part de la richesse détenue par les 0,01% les plus riches a augmenté de plus de 50% entre 1995 et 2021. En outre, la part de la richesse des ultra-ultra-riches a fait un bond spectaculaire à travers l'année 2021.


 
QU'EN EST-IL DU CANADA ?
 

Les conclusions du Laboratoire sur les inégalités mondiales sur la richesse mondiale sont conformes à ce que Canadiens pour une fiscalité équitable a également rapporté : seul le 1% le plus riche au Canada a augmenté sa part de la richesse totale au cours de la dernière décennie, tandis que la part de tous les autres groupes est restée la même ou a diminué.

Les auteurs du rapport ont constaté que le 1% des Canadiens les plus riches s'approprient 15% des revenus du pays, tout en possédant 25% de la richesse. Les auteurs notent que l'inégalité des revenus au Canada a diminué après la Seconde Guerre mondiale grâce aux contrôles des capitaux et aux politiques sociales, mais qu'elle a augmenté de manière significative depuis les années 1980.

Le rapport confirme des conclusions similaires, utilisant des sources de données et des méthodes d'analyse différentes, notamment celles du géant bancaire Credit Suisse et du Bureau parlementaire du budget du Canada. Le Canada n'est pas exempt ou immunisé contre la crise mondiale de l'inégalité.

L'inégalité nuit à nos sociétés de nombreuses façons, notamment en aggravant de façon disproportionnée la crise climatique. Le Rapport sur les inégalités mondiales démontre que les riches freinent nos efforts pour réduire les émissions et combattre le changement climatique. 


 
QUE DEVONS-NOUS FAIRE ?
 
L'instauration d'un impôt progressif sur la fortune est la première suggestion de réduction des inégalités formulée dans le Rapport sur les inégalités mondiales. Les auteurs notent que la plupart des pays du monde imposent déjà la richesse individuelle au moyen d'impôts sur la propriété et les successions. Le Canada ne fait pas partie des pays qui ont un impôt sur les successions. Cela signifie que notre seule forme d'impôt sur la richesse porte sur la propriété, qui constitue la grande majorité de la richesse des 90 % moins bien nanties. Comme l'impôt foncier est uniforme - le même pourcentage quelle que soit la valeur de la propriété - il finit par être régressif par rapport au revenu et à la richesse totale.
 
En plus d'un impôt sur la fortune, C4TF demande au gouvernement d'éliminer l'exclusion des gains en capital. Alors que 100% des revenus du travail sont imposables, seule la moitié des revenus perçus lors de la vente d'actifs avec un gain est soumise à l'impôt. Les avantages de ce contournement légal de l'impôt profitent en grande partie aux Canadiens les plus riches.
 
Enfin, nous devons mettre fin à l'utilisation des paradis fiscaux. Seuls les très riches sont en mesure de profiter des juridictions à faible fiscalité. Ce faisant, l'argent qui aurait dû aller dans les caisses publiques finit par rendre les riches encore plus riches.


 
NOTE
 
[1] Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les individus les plus riches perçoivent plus de revenus d'investissement que leur part de richesse. Tout d'abord, cela ne comprend que les gains en capital réalisés lors de la vente d'actifs. Le principal actif de la plupart des gens est leur maison, qui ne leur procure aucun revenu direct. Les actifs générant des dividendes et des intérêts sont détenus de manière encore plus disproportionnée par les riches. Deuxièmement, les riches sont en mesure d'utiliser des stratégies de gestion d'actifs plus sophistiquées conçues pour améliorer leurs rendements. Il s'agit notamment des pratiques habituelles de diversification des portefeuilles, ainsi que des méthodes d'évitement fiscal.

 
 
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